Quand un local d'activité franchit 36 kVA, ce qui se passe entre le réseau et son tableau général change de nature. Sur la colonne d'un immeuble ou par une liaison propre depuis la rue, le branchement devient une chaîne d'ouvrages : organe de coupure et de sectionnement, comptage, protection de tête, puis la liaison qui rejoint le tableau. Une partie appartient au réseau public, le reste à l'installation, et l'ensemble doit être sélectif. Cette page traite de ce que l'étude fixe sur cette chaîne, surtout dans les immeubles où la place, l'accès et la longueur des cheminements sont contraints.
Le choix préalable, rester sur la colonne ou obtenir un branchement propre, est traité sur local d'activité en immeuble existant.
Où s'arrête le réseau
Tout commence par la frontière. En amont du point de livraison, les ouvrages relèvent de la NF C 14-100 et des prescriptions du gestionnaire de réseau, qui les réalise ou les fait réaliser sous son contrôle, puis les exploite. En aval, ils relèvent de la NF C 15-100 et vous appartiennent. L'emplacement exact du point de livraison est précisé par le gestionnaire dans sa proposition et dans le contrat qui suit.
Cette frontière fixe trois choses pour l'étude : ce que vous pouvez dessiner librement, ce que vous devez seulement réserver (emprise, accès, fourreaux), et ce qui sera chiffré dans la proposition de raccordement plutôt que dans le devis de votre électricien.
Le comptage
Au-delà de 36 kVA, le comptage est raccordé directement ou, selon l'intensité, par l'intermédiaire de transformateurs de courant. Dans ce second cas, un panneau supplémentaire et ses distances de travail s'ajoutent. Le modèle est fixé par le gestionnaire de réseau. Ce que l'étude vérifie, c'est l'emprise réelle : portes ouvertes, dégagement devant le panneau, place restante pour la protection de tête. Dans une gaine palière ou un local commun d'immeuble ancien, c'est souvent là que le projet bute. L'emplacement se décide ensuite surtout par la liaison décrite plus bas.
Dans un immeuble, l'emplacement peut aussi dépendre de la copropriété ou du bailleur : coffret en façade, local commun, passage par une gaine. Ces cas sont traités sur local d'activité en immeuble existant.
La protection de tête
Sous 36 kVA, c'est le compteur qui fait respecter la puissance souscrite, et le disjoncteur de branchement, ouvrage du gestionnaire, est réglé sur la puissance de raccordement. Au-delà, la protection de tête n'est plus un appareil du réseau réglé pour le branchement : elle est choisie pour protéger votre installation. L'étude la dimensionne à partir de trois données.
L'intensité d'emploi, tirée de la puissance de raccordement, et non de la puissance souscrite qui peut évoluer en dessous.
Le courant de court-circuit à l'origine. Il dépend du réseau amont et de la distance au poste de distribution publique. En tissu urbain dense, il peut être élevé. Le pouvoir de coupure de l'appareil de tête, et celui des appareils proches, doit lui être supérieur. Nous demandons la valeur au gestionnaire de réseau ; à défaut, l'hypothèse retenue est prudente et écrite.
La sélectivité. Un défaut sur un départ de votre tableau ne doit pas faire réagir la protection de tête, et un défaut dans votre installation ne doit pas, autant que possible, solliciter les protections du réseau en amont. Le réglage se calcule avec les caractéristiques que le gestionnaire communique pour ses propres appareils.
La liaison jusqu'au tableau général
La liaison entre le point de livraison et le tableau général est souvent la ligne oubliée du budget. Elle vous appartient, elle porte toute l'intensité du site, et sa section se calcule sur deux critères.
L'échauffement, selon le mode de pose : en caniveau, sur chemin de câbles avec d'autres circuits, en fourreau enterré.
La chute de tension. Pour une installation alimentée par le réseau public basse tension, la NF C 15-100 la limite à 3 % pour l'éclairage et 5 % pour les autres usages, comptés depuis l'origine de l'installation jusqu'au point d'utilisation. Chaque pourcent consommé par une liaison longue manque ensuite aux circuits du bâtiment. Un comptage placé à l'entrée d'un terrain et un tableau au fond d'un entrepôt peuvent imposer une section bien supérieure à ce que l'échauffement exigeait.
C'est souvent ce calcul qui décide de l'emplacement : rapprocher le comptage du tableau, ou déplacer le tableau vers le comptage, coûte moins cher qu'un câble surdimensionné sur des dizaines de mètres.
Le régime de neutre et le tableau
Une installation alimentée directement par le réseau public basse tension est, en règle générale, en schéma TT : la protection des personnes repose sur les dispositifs différentiels et sur la valeur de la prise de terre. L'étude du branchement en tient compte pour le tableau général : différentiel de tête ou différentiels par départ, sélectivité entre eux, et emplacement de la prise de terre si le bâtiment est neuf. Le calcul détaillé des tableaux relève ensuite de l'étude d'installation.
Puissance souscrite et poste de distribution
Au-delà de 36 kVA, les dépassements de la puissance souscrite sont mesurés et facturés dans la part acheminement, au lieu de couper. Le tarif d'utilisation des réseaux en vigueur depuis le 1er août 2025, le TURPE 7, prévoit pour ce segment des options qui distinguent heures pleines et creuses, saison haute et saison basse, avec une puissance souscrite par période. Leurs coefficients se vérifient auprès du fournisseur au moment de souscrire. L'étude fournit ce qu'il faut pour ce choix : une pointe par période plutôt qu'une pointe unique, et une puissance de raccordement qui reste le plafond physique du branchement.
Juste en dessous de 250 kVA, le site reste en basse tension, mais le gestionnaire de réseau peut devoir renforcer son réseau ou créer un poste de distribution publique pour l'alimenter. Ce poste lui appartient et peut demander une surface chez vous, par convention ; il ne vous impose pas d'exploiter un ouvrage haute tension. Au-delà de 250 kVA, le raccordement se fait en HTA avec un poste de livraison privé, ce qui sort du cadre de cette page.
Le site déjà raccordé
Pour un site en activité, l'étude commence par l'existant :
- la puissance de raccordement actuelle, qui figure dans les données du point de livraison et que le titulaire du contrat peut obtenir ; le comptage n'affiche que la puissance souscrite ;
- la courbe de charge, que le titulaire peut aussi obtenir, et qui montre les pointes réelles et leur heure ;
- l'état du comptage et de la protection : emplacement, accès, place disponible pour un matériel plus encombrant si la puissance augmente.
Si la puissance demandée dépasse la puissance de raccordement, une demande de modification est nécessaire. Les travaux sur le branchement existant sont facturés au demandeur ; le remplacement ou l'adaptation du réseau existant en amont relève du tarif d'utilisation des réseaux. La proposition de raccordement fait la part des deux.
Avant la mise en service
Une installation nouvelle à caractère définitif doit disposer d'une attestation de conformité visée par le Consuel avant sa mise en service (code de l'énergie, article D342-19). Pour un lieu de travail, une vérification initiale par un organisme accrédité s'y ajoute à la mise en service et après toute modification de structure (Code du travail, article R4226-14). L'une ne remplace pas l'autre. L'étude les inscrit au planning, parce qu'elles se préparent pendant les travaux.
Ce que nous remettons
L'emplacement proposé du comptage et de la protection de tête, avec leur emprise ; le calibre et le pouvoir de coupure de l'appareil de tête, avec l'hypothèse de court-circuit retenue ; la section et le tracé de la liaison vers le tableau général, avec la chute de tension calculée ; la liste des données à obtenir du gestionnaire de réseau. Les documents à nous transmettre sont sur demander une étude.